Sophie Franco est une jeune « startupeuse », de 27 ans, cofondatrice du webzine Boudu Toulouse, qui a vu le jour il y a 5 ans et qui est aujourd’hui une jeune entreprise d’un mois, pré-incubée au Starter (La Mêlée Numérique). Elle nous parle de ses premières rencontres avec ce qu’elle se refuse à appeler « échecs », mais plutôt des difficultés ou des coups durs.

 

« Je me suis rendu compte assez tard que j’avais une relation à l’échec qui était cool et qu’en fait, ça avait plutôt toujours été le cas.

La première fois que j’ai vécu quelque chose que l’on pourrait qualifier d’“échec”, c’était mon permis de conduire. Je l’ai raté, c’était de ma faute, j’avais mal conduit et puis basta ! Et finalement, c’était pas très grave, je l’ai repassé deux semaines plus tard, avec le même examinateur, le même parcours et je l’ai eu !

Je me rappelle que, lorsque j’ai appris que je l’avais loupé, j’ai pleuré, je me suis sentie terriblement nulle. Je m’en voulais, car j’avais passé un an à Madrid pour une année de césure, et j’étais rentrée un mois plus tôt exprès pour passer cet examen. Et donc oui, j’ai pleuré toute la soirée. Puis le lendemain, je me suis dit : “bon ben tu vas le repasser, c’est pas dramatique !” Ça, c’était donc ma première expérience de “j’ai raté un truc”.

Le deuxième échec, c’était un horrible acte manqué.

 

Et c’est cette fois-là que j’ai vraiment compris que ça n’était pas grave. J’avais passé deux ans en BTS Tourisme, à vraiment me défoncer dans cette école, à essayer d’avoir des super notes. Mes parents me payaient l’école, donc c’était important pour moi d’être à la hauteur. Je savais que pour eux c’était un sacrifice, mais je le faisais aussi pour moi. J’étais en challenge avec moi-même. Jusqu’à présent durant ma scolarité, j’avais un peu surfé sur la vague de “j’ai des capacités, ça passe !” et je n’étais encore jamais allée au bout de ce que j’étais capable de faire. Durant ces deux années de BTS, je me suis vraiment impliquée, j’étais toujours dans les 3 premiers de la classe. J’étais fière de rapporter des bulletins comme ça à mes parents !

Donc logiquement, à la fin de ce BTS, avant même de savoir si je l’avais, je me dis : “il faut continuer, je dois m’inscrire en licence”. Je choisis alors l’ISTHIA de Toulouse qui sélectionne 30 élèves parmi les 4 classes de BTS Tourisme de Toulouse. Je me dis « bon, il y a 100 élèves qui postulent, ils doivent certainement prendre les premiers élèves des classes de BTS », c’était évident pour moi que j’allais être admise ! J’ai fait mon dossier un peu à l’arrache, j’avais mis tous mes bulletins, des lettres de recommandations de mes profs, j’avais fait des stages géniaux. J’étais en mode “sereine” ! Les épreuves étaient passées, c’était le début de l’été, des barbecues et des sorties, j’avais 21 ans, le monde m’appartenait !

Et là, je reçois une lettre de l’ISTHIA qui m’annonce que ma candidature était refusée !

 

Je n’avais absolument pas de plan B, j’étais tellement sûre de moi concernant mon entrée là-bas, il n’y avait pas de sujet en fait ! Je me rappelle que mes copines m’attendaient dehors, j’étais en train de mettre une robe de soirée pour les rejoindre et j’ouvre cette lettre. Je me suis dit : “mais tu vas faire quoi de ta vie l’année prochaine ?”. C’était la grosse crise ! Le lendemain, j’appelle l’ISTHIA, mais comme on ne voulait pas me passer le responsable de la licence, j’ai débarqué directement là-bas avec tout mon dossier. Je suis finalement reçue par le responsable de la licence, après avoir dit à l’accueil que je ne partirais pas sans le voir !

Une fois dans son bureau, il ressort mon dossier, il regarde tout, il ne comprend pas vraiment lui non plus au vu de mes notes et de mes recommandations. Il m’explique qu’ils ont un système de notation en fonction des éléments du dossier et que chaque partie est notée sur 20, ce qui donne une moyenne globale. J’ai raté l’admission à 1 point ! Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Et là, il se rend compte que quelque chose cloche : “Ah, mais oui, vous avez eu 0 en lettre de motivation, vous n’avez pas mis votre lettre dans le dossier”.

Je l’avais faite pourtant, j’avais pris le temps de la rédiger, je l’avais même sur moi ce jour-là ! Mais j’avais juste oublié de la joindre au courrier. La personne m’explique qu’il ne peut rien faire pour moi et me propose de revenir l’année prochaine. Ça, ça a été un acte manqué fabuleux ! Mais je me suis inscrite à la FAC, histoire de faire un stage et de ne pas complètement rater mon année. C’était d’ailleurs hyper drôle d’aller passer des partiels sans aucun enjeu, tout le monde était stressé, moi j’en avais rien à faire. J’ai finalement refait le dossier pour intégrer l’ISTHIA l’année suivante et j’ai été prise !

Quand je comprends que je ne vais pas pouvoir intégrer la licence de l’ISTHIA, cela ne sert strictement à rien pour moi de m’apitoyer sur mon sort ou de me mettre à chialer.

La vie continue, tu n’as pas d’autres choix, donc t’acceptes et t’avances.

 

Je n’ai absolument pas regretté, ça m’a fait marrer au final, c’était bien drôle ! Ça fait partie de ma personnalité, je pense, à la base je suis quelqu’un de très positif, ça fait partie de moi, ça fait partie du package ! J’ai été éduquée par une mère assez négative, qui a toujours tendance à voir le verre à moitié vide. Je l’aime plus que tout mais je me suis construite en totale opposition à elle, je me suis dit : “non, jamais ça”. Par contre, je pense qu’il faut apprendre à accepter et à accueillir ce moment où tu n’es pas bien, où tu pleures. À chaque passage difficile, j’ai toujours eu une soirée en mode “fin du monde”, mais après il faut accepter et rebondir !

  • 1ere étape, t’acceptes d’être au fond du seau, de penser que c’est la merde. Tu te dis : OK c’est maintenant, je chiale et je mange de la glace devant la télé !
  • 2eme étape, qui est clé selon moi, c’est d’en parler tout de suite avec tes proches, tes amis, ta famille. Moi j’ai ce besoin de partager très vite et je pense que ça m’aide. Ça te confronte, ça te permet de mettre des mots sur les choses. Mes copines quand elles vont mal, si elles n’arrivent pas à en parler autour d’elles, je leur conseille d’écrire, ça te permet aussi de prendre du recul sur la situation.
  • Dernière étape, c’est de prendre de la hauteur sur ce qui s’est passé. Se dire que tu ne peux rien faire pour changer le passé. Si on pouvait intervenir dessus, ça se saurait. À un moment donné, c’est aussi être pragmatique ! Il y a “ça” qui s’est passé, j’ai beau mettre en place toutes les stratégies du monde en œuvre, il y a rien qui pourra changer “ça”. Du moins, c’est comme ça que je vois les choses. Quand tu vois que tu es dans une impasse, qu’il n’y a rien au bout, tu fais marche arrière et tu prends un autre chemin en analysant ce qui s’est passé, pourquoi ça s’est passé, comment tu l’as géré, qu’est-ce que tu as mal fait, qu’est-ce que tu pourrais prévenir à l’avenir et là du coup, ton impasse se transforme en autoroute ! Pour le coup, si aujourd’hui je devais envoyer un dossier pour une école, autant te dire que je leur mettrai quatre lettres de motivations !

Avec Boudu Toulouse, on n’a rien fait comme il fallait ! On a fait plein d’erreurs !

 

On imaginait qu’on faisait un blog pour nos potes, pour découvrir des endroits sur Toulouse. Les gens ont cru en Boudu Toulouse bien avant nous, on n’avait aucune stratégie, on n’avait même pas de logo ! Et parfois, on a mis énormément de cœur dans des articles ou des vidéos qui n’ont pas du tout fonctionné. Mais ce qui a été le plus difficile à vivre pour nous et qui aurait pu être considéré comme un “échec”, c’est le fait qu’on ait bossé tous les trois H24 pendant un an et demi, en se disant qu’on allait en vivre, qu’il y avait moyen de le faire…et ne pas réussir à le faire. Avec le recul, je me dis qu’on n’avait pas d’expérience du monde de l’entreprise, les garçons avaient 20 ans et moi 22 ans, on avait seulement été équipiers à McDo, serveuse, bref, notre seule expérience de l’entreprise, c’était les jobs étudiant ! Mais les graines qu’on a semées à l’époque, elles tombent maintenant. Et cinq ans plus tard, contre toute attente, Boudu Toulouse est devenu une vraie entreprise…

J’ai passé plus d’un an sur un projet de start-up avec Estelle, qui va rejoindre Boudu Toulouse en tant qu’associée. On a eu plein de phases qui auraient pu être assimilées à des échecs. Mais j’ai à chaque fois fonctionné comme ça : pleurer un bon coup, se dire que, de toute façon c’est comme ça, tu essaies d’en tirer le maximum pour que ça ne se reproduise plus et tu avances ! Et même sur des choses très dures à vivre qui remettent en question le fondement même du projet sur lequel tu travailles depuis des mois, où toute la base s’effondre. Un jour, ma meilleure amie m’a dit : “Si c’était facile, tout le monde serait millionnaire”. Et c’est tellement vrai ! Quand le projet tout entier s’est effondré, j’ai de tout de suite vu la porte de sortie et je me suis : “OK on rebondit !”. Ça a été instantané. Il n’y a même pas eu de phase de pleurs ! Je pense qu’on progresse tous les jours dans cette aventure qui est la vie.

Si un jour tu as l’impression de vivre un gros échec, que c’est très dur, et que tu peines à t’en sortir, dis-toi que tu capitalises et que les fois d’après seront tellement plus simples à gérer. Au final, la gestion de l’échec, c’est un truc qui se construit. Ce qui est important en fait, c’est que quand tu te ramasses, quelle que soit la raison, cela t’apprend ce que tu ne veux plus vivre ou faire ! Comme quand tu te sépares de quelqu’un, même si c’est la rupture la plus horrible, que tu mets des mois à t’en remettre, faut rien regretter. Au moins, cela t’aura appris ce que tu ne voulais plus jamais.

N’oubliez jamais, répétez-vous qu’il n’y a pas d’échecs, que des apprentissages ! »

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