C’est « malheureusement » souvent suite à une maladie sérieuse ou grave que nous commençons à nous poser les bonnes questions sur la félicité que nous apporte notre métier et à envisager, éventuellement, une reconversion professionnelle. J’avais écrit cet article pour le magazine SecondLife, édité par l’association Etincelle Occitanie qui accompagne les femmes et les hommes touchés par le cancer. Bien qu’orientée initialement pour la reprise du travail après une longue maladie, cette réflexion peut être menée par tous et à tout moment de vie !

 

L’annonce d’un cancer, c’est comme appuyer sur le bouton pause d’une télécommande en plein milieu du film de notre vie.

 

Nous laissons tout en suspens et revoyons toutes nos priorités. Nous nous rendons compte que les choses n’ont plus la même importance et nous remettons tout en cause. Sur le plan professionnel, nous réalisons souvent que nous avons suivi des voies qui étaient déjà tracées, sans même véritablement savoir si c’est ce que nous voulions au plus profond de nous. Des décisions, orientées par un schéma social, culturel, sociétal ou familial, nous auront donc poussés vers un chemin de carrière que nous pensions être le bon. Et là, nous sommes frappés soudainement par la pleine conscience de notre environnement, auquel on s’était conditionné, mais qui ne nous plait plus depuis plusieurs années. « Mon emploi est alimentaire », « je n’ai pas envie de me lever ce matin », « vivement les vacances », « mon patron est oppressant », « mes responsabilités me stressent beaucoup », « je n’aime pas ce que je fais, mon travail n’a pas de sens… » sont d’autant de raisonnements qui peuvent alors faire surface. Une petite voix, déterrée de la morosité et du conditionnement social, commence à se faire entendre. Tendez l’oreille, cela va devenir intéressant.

« La découverte de mon cancer m’a en quelque sorte obligée à faire une pause et m’a fait aussi surtout prendre conscience que j’avais toujours de « mauvaises » ou de « fausses bonnes » raisons d’amorcer un changement professionnel auquel je pensais depuis plusieurs années déjà »

Sophie, Étincelle

Commencez par percevoir que votre anxiété et la sensation de ne pas se sentir à sa place n’est rien d’autre qu’un signal vous alarmant sur le fait que vous allez à l’encontre de vos convictions. Cette étape de vie est à prendre comme une renaissance, une occasion de tout recommencer à zéro en se posant les bonnes questions.

 

« Finalement, pourquoi je fais ce métier, qu’est-ce qui m’intéresse vraiment ? Qu’est-ce que j’aime faire dans la vie ? »

C’est souvent un moment où nous comprenons que la clé de tout c’est d’apprendre à s’écouter. Prêter attention à son corps, ses envies, ses forces, ses limites. S’écouter pour s’appréhender et mieux se connaître, c’est ainsi que nous pourrons réaliser chaque jour des projets qui nous font du bien.

Pourquoi moi ?

Avant toute chose, soyez prêts à l’envisager ! Pour cela, développez un état d’esprit positif et acceptez de vous « réinventer » ! N’essayez pas à tout prix de partir de là où vous en étiez et donnez-vous la liberté de commencer, non pas un nouveau chapitre, mais bel et bien un livre tout neuf, avec un nouveau titre, des personnages et lieux nouveaux, mais surtout une histoire inédite et audacieuse.

« Je n’ai pas les compétences, je n’ai jamais fait cela, je ne sais pas si j’y arriverai, j’ai une famille… »

« Préoccupez-vous seulement de ce que vous pouvez changer »

Ensuite, concentrez-vous sur ce qui vous fait plaisir à VOUS ! Et rien qu’à vous ! Oubliez ce que les autres pensent être bien pour vous. Soyez vous-même, n’essayez pas de ressembler à ce que votre entourage attend de vous.

Le plus important, lorsqu’on commence à s’écouter et à suivre ses propres envies (déjà, toutes mes félicitations pour en être arrivé là !), c’est de ne laisser personne douter de ses choix. Malgré toute la bienveillance que vous trouverez dans leur propos, car il s’agit très probablement d’un parent, un enfant, un ami proche, un conjoint, ils ne sont pas VOUS. Ils vous diront qu’ils vous connaissent mieux que ce que vous vous connaissez vous-même, mais vous êtes la seule personne à pouvoir vous écouter profondément. Alors, prenez le temps de le faire. Ce qui vous rend heureux vous emmènera beaucoup plus loin. Ne doutez pas de votre force, soyez fier de vous.

« Il n y a que ceux qui essaient qui y arrivent ! Après avoir affronté la maladie, tous les effets secondaires, on réalise qu’on a une force incroyable face à toutes ces épreuves et que cette force doit aussi nous servir à envisager de réaliser nos rêves. On réalise aussi que la vie peut être courte… trop courte pour ne pas faire un métier qui nous passionne. On passe quand même 7 à 8 heures par jour au travail ! »

Christelle, Étincelle

Lorsque votre état d’esprit sera ainsi prêt, vous pourrez donc commencer à vous écouter pour comprendre ce qui vous motive. Tout d’abord, déchiffrez votre schéma : quels sont les types de postes que j’ai eu l’habitude d’occuper ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui me plaisait et qu’est-ce que j’appréciais moins, voire pas du tout ?

Ensuite, listez tout ce que vous aimez dans la vie (cuisiner, mes enfants, les calculs et les chiffres, bricoler, écrire, les relations humaines…). Méditez sur les types d’activités qui pourraient vous faire bondir de votre lit sans effort ! C’est ce qu’on appelle les « drivers », les axes de motivations. Ce sont aussi les facteurs de réussite, puisqu’en pratiquant ces activités, vous n’êtes pas en train de lutter contre vous-même. L’exhaustivité de cette liste s’avère assez importante, car il est bien souvent difficile de détecter dans un métier ce que l’on aime faire également chez soi. Mais, essayez de penser à l’envers ? Retrouvez-vous dans votre travail plus de 10% des choses que vous venez de lister ? N’est-ce pas un excellent moyen de déclencher une prise de conscience ?

Alors maintenant vous vous dites :

Pourquoi PAS moi ?

 

Pour répondre à cela, le moment est venu de faire le bilan. Commencez un tableau avec trois colonnes : Savoirs (Connaissance, diplôme, habilitation, titre professionnel…), Savoirs-faire (utilisez des verbes d’action) et Compétences Relationnelles (utilisez un adjectif qualificatif ou un nom commun). Remplissez-le en pensant à toutes les situations de vies ! Et le périmètre de prise en compte de vos aptitudes ne se limite pas à votre environnement de travail, bien au contraire ! Si vous êtes douée avec vos enfants et ceux de vos amis, si vous tenez un jardin magnifique, si vous êtes une oreille qui écoute attentivement et que vous savez être de bons conseils, tout ceci constitue des compétences auxquelles nous ne songeons pas.

Ce tableau est à alimenter ou à modifier tout au long de notre vie, car tout comme nos envies, rien n’est figé. C’est justement ce qui est magnifique, ce champ des possibles toujours plus vaste que nous pouvions l’imaginer. Prenez alors conscience de votre énergie, votre volonté, votre ambition et venez  en inonder votre tableau. Celui-ci se remplira de ce qui vous motive et de ce qui vous rend vivant et alors votre futur métier se révélera. Si ce n’est pas le cas, parlez-en autour de vous, osez dire à haute voix ce que vous êtes et soyez sûr de vous. Affirmez-vous et les échanges avec votre entourage pourront provoquer l’inspiration. À partir du moment où vous serez prêt, en vous écoutant et en vous connaissant mieux, le déclic peut venir n’importe quand et de n’importe où. La petite voix commence à parler de plus en plus fort, enfin cela va devenir captivant… Soyez attentif !

Et pourquoi pas créer votre entreprise ?

 

Parfois, le plus simple pour trouver un domaine qui nous convient le plus, c’est de se le façonner en créant sa propre entreprise. Bien que cela ne soit pas le seul moyen, cette option en séduit un bon nombre avant que la plupart ne soient freinés par la difficulté de trouver un financement.

Tout d’abord, certaines activités ne demandent que très peu d’investissements de départ, voire pas du tout. D’autre part, il faut savoir que les conventions en matière d’accessibilité aux assurances de prêts pour les personnes ayant eu un cancer ont évolué. En effet, un prêt bancaire est refusé si aucune assurance n’accepte le dossier et cela est malheureusement le cas pour la majorité des anciens malades du cancer. Depuis le 14 février 2017, la convention AERES autorise toute personne guérie de cette maladie depuis plus de 10 ans à ne pas mentionner son passé médical, ce qu’on appelle « le droit à l’oubli ».

D’accord, mais maintenant que nous savons ce que nous aimons dans la vie, nous voulons nous lancer maintenant et pas dans dix ans n’est-ce pas ? Rassurez-vous, des solutions existent !

Cette même convention contraint désormais les assurances de prêts bancaires à proposer un contrat sans surprime ni exclusion de garantie dans un certain délai, s’échelonnant entre 1 à 6 ans (un an seulement pour les cancers du sein, de l’utérus et de la peau). Nous savons malheureusement que certaines banques n’hésiteront pas à trouver un prétexte légal pour vous refuser le prêt, officieusement car votre passé médical leur fera peur. Mais cette convention les contraint toujours un peu plus d’années en années et bientôt, les excuses seront trop difficiles à trouver !

Ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que nous pouvons parler d’avancées majeures en matière d’accessibilité aux prêts professionnels.

Parlez de votre projet de reconversion professionnelle à quelqu’un va le rendre réel pour vous.

 

Mais restons concentrés sur VOTRE avenir. Réfléchissez-le sur la base de votre bilan ainsi dressé puis, plein d’assurance et de fierté, présentez-le à un proche. Parler de son projet à quelqu’un ou le dire tout simplement à haute voix va le rendre réel pour vous. Alors cette petite voix intérieure est devenue pleinement vôtre, votre voix extérieure, à part entière.

La vie n’est pas un combat, car nous ne luttons que contre les mauvaises choses. Pour le reste, nous accueillons les bonnes nouvelles et nous les vivons ! Outre le classique dicton : « on n’a qu’une vie », cette rencontre avec la maladie nous apprend surtout à vivre pour soi. Ce n’est pas de l’égoïsme, bien au contraire, il s‘agit d’estime de soi. Nous ne pourrons jamais être bien pour les autres (conjoint, enfants, amis) si nous ne sommes pas avant tout bien pour nous ! Vous avez sans doute déjà pris conscience de l’importance de prendre soin de vous et de votre bien-être. La relaxation, le sport, l’esthétique sont tout autant de choses que vous découvrez certainement en vous disant : pourquoi me suis-je négligé autant d’années ?

Alors pourquoi continueriez-vous de sacrifier votre temps dans une activité professionnelle qui vous prend un tiers de votre vie ? Pourquoi, dans cette même logique, aller à l’encontre de votre bonheur près de 8h par jour ?

Il s’agit de VOTRE histoire, c’est à VOUS de l’écrire.

Laisser un commentaire

Newsletter