Extrait du roman « Ma plus belle rencontre ». Le mari de l’héroïne, agacé par son comportement, décide d’emmener les enfants en vacances, la laissant seule et sans nouvelle. Triste, elle part en weekend pour noyer son chagrin…

 

Les sourcils toujours froncés, nauséeuse et ballonnée, elle prit le volant et s’engagea en direction de la dune du Pilat. Moins d’un quart d’heure plus tard, Aneliya était garée sur le parking désert du site. Elle s’enroula dans une grosse écharpe avant de quitter son véhicule pour se diriger vers la digue. Elle décida d’entreprendre l’ascension afin de profiter de la vue qui domine l’océan. Cette dune de plus de cent mètres de haut, incontestablement la plus haute d’Europe, formée par les courants marins et les vents très violents du large, avait quelque chose de surréaliste qu’Aneliya aimait beaucoup. C’était un trésor de la nature et chaque journée de l’été, des milliers de visiteurs venaient fouler son sable pour en admirer la vue spectaculaire sur le Cap Ferret. L’hiver, l’endroit restait calme et dépeuplé. Cela rendait cette digue géante encore plus majestueuse et impressionnante.

En s’approchant, elle commençait à voir au loin le nuage de poussière provoqué par les vents marins soulevant chaque particule pour les faire danser au-dessus du sol. Le mouvement de cette tempête d’or demeurait délicat et régulier, comme un ballet d’opéra en pleine représentation finale. Le spectacle était grandiose. Hébétée et enivrée par les vapeurs toujours présentes du Chardonnay, elle marqua un arrêt pour l’observer, puis reprit rapidement sa marche. Son téléphone la dérangeait à nouveau avec ses vibrations intempestives, aussi, elle décida de l’éteindre carrément. Elle ne voulait pas gâcher ce moment. Et puis Vincent n’appellerait plus maintenant, il n’y avait plus de raison d’espérer quoi que ce soit.
Elle avait oublié qu’en cette saison les escaliers permettant de gravir cette montagne dorée n’étaient pas installés. Une demi-heure plus tard, essoufflée et fière d’être arrivée au sommet, elle se mit à contempler l’océan avec un sourire de satisfaction.

La pointe du Cap Ferret apparaissait bien visible en cette journée ensoleillée et la légère brise ressentie au pied de la dune s’était transformée en une terrible bourrasque en son sommet. Certains grains de sable croustillaient sous ses dents et d’autres venaient frapper violemment le creux de ses oreilles. Elle remonta son écharpe sur le haut de sa tête pour envelopper complètement son visage ne laissant apparaître que ses yeux, protégés par une paire de lunettes de soleil. Il n’y avait absolument personne aux alentours. Elle ferma ses paupières, ouvrit les bras face à la mer et se laissa bercer lentement par le vent capricieux. Vincent lui manquait, les enfants encore plus. C’était tellement injuste qu’il soit parti seul et sans rien lui dire. Elle souffrait énormément, le caractère irrévocable de la situation l’angoissait terriblement. Elle avait envie de crier, de pleurer, de se faire du mal pour oublier sa douleur intérieure. Puis, quelques minutes plus tard, dans ce silence immense que seul le bruit des grains de sable crépitant dans l’air venait perturber, elle poussa un profond et long cri. Comme si elle voulait exorciser cette torture de l’esprit, ce tourment inextricable. Les yeux fermés, les sourcils froncés, la bouche grande ouverte et les poings fermés, elle ne s’arrêta que lorsqu’elle n’eut plus d’air dans les poumons. Puis elle recommença, encore et encore, jusqu’à ce qu’une sensation d’épuisement profond l’envahisse.

 

Laisser un commentaire

Newsletter